Ce que l'on ne voit pas compte aussi.
Ce petit mémo à la suite de ma rencontre avec des parents, des dirigeants, des entraîneurs locaux ou nationaux, des jeunes venant du nord, du sud, de l'ouest.
Le constat est que les difficultés sont génériques, les mêmes causes ayant les mêmes effets dans le Nord, en Bretagne, sur la Grande Bleue et en Poitou-Charentes.
Manque de moyens, d'un coach , de jeunes, c'est un discours fréquent sur les parkings.
Un seul élément de la mayonnaise absent et le projet stagne, s'essouffle, tombe.
Le coeur de l'expérience est basée sur le catamaran qui a ses contraintes propres ( impératif de former des équipages, logistique lourde, choix du type de formation initiale). Cependant la plupart
des éléments sont transposables aux dériveurs et PAV.
Je n'ai pas la prétention de faire le tour de la question ardue de la réussite sportive d'un club.
Reste qu'au travers de ma modeste expérience de parent, dirigeant et compétiteurs, croisée avec le vécu de mes interlocuteurs, il se dégage indéniablement quelques pistes pour que les enfants
s'amusent, progressent et s'approchent des podiums.
Même, et surtout si, ce dernier point n'est que la toute petite pointe, pas vraiment indispensable mais émergée et visible d'un iceberg de volonté et de travail.
Un parent compétent qui assiste l'entraîneur en prenant les D2 de son club sous son aile où joue sa fille, c'est l'application de propos de Michel Suire: le moteur premier est d'aider ses
enfants.
Une fois les yeux bien ouverts sur cette cause qui représente le point de départ d'une telle aventure, rester sur le chemin se fait en observant l'état et l'évolution de quelques paramètres
(A), même si regarder au loin s'avère nécessaire et délicat (B).
A - Sept paramètres pour optimiser une équipe de club de voile.
1-Un groupe de dirigeants connaissant et aimant la voile et la régate. C'est clé et primordial.
Sinon l'association glisse inéluctablement du sport vers un concept "club-med" mou.
Les contraintes de la saison estivale dirigent la vie de l'association.
Le discours devient : "le sport ça coûte", les labels FFV ne sont que des faire valoirs habillant une entreprise de location avec ou sans formation.
La structure du club devient prépondérante sur son action, gros bâtiments, administration etc...
Les symptomes sont multiples: achat de voiliers pédalo, hypertrophie estivale, budget sportif en dessous du 1/3 du budget global de l'association, effectif important mais turn-over des jeunes
.
Ce dernier point est le marqueur de l'échec.
En effet le club est gros et visible, il attire des enfants et des parents,le passage au sein du club dure un an ou deux.
Le gâchis est alors non seulement en terme d'argent public, mais aussi et surtout humain.
Or, il faut le rappeler sans cesse, les avantages économiques accordés aux associations pour le commerce d'été sont la contrepartie de la mission de service public du développement sportif
qu'implique l'affiliation à la FFV.
2-Des pros. en phase avec le projet sportif de l'association et parfois plus...
La compétence technicienne ne s'avère pas le principal. Un BE du côté d'un champs de pierre, ancien sportif de haut niveau mais pas en voile illustre que la volonté de création d'un groupe, même
dans une association avec une forte exposition touristique, est le coeur indispensable.
L'amour de la régate est nécessaire pour ces salariés, car un nombre important de WE sont consummés.
3-Considérer la voile scolaire autant comme une ressource budgétaire et d'activité des saisons intermédiaires, que comme le vecteur de sensibilisation d'une population et la détection de petits à
l'aise et ayant envie.
4-Centrer le regard sur l'école de sport (8-11 ans). La future équipe du club est là ... ou pas. Accueil d'une dizaine d'enfants par encadrant, rythme bi-hebdomadaire. On peut soit spécialiser un
BE sur cette phase essentielle, soit faire suivre une génération par le même entraîneur.
La difficulté est de ne pas se contenter d' attendre le môme doué qui fera le "champion" mais faire progresser un groupe et le rendre homogène. Le groupe 15.5 sur Ré est exemplaire, ce que fait
l'EVR avec cinq Tykas aussi.
5-Impliquer les parents du goûter aux transports, le partage avec l'équipe est importante et les moyens sont ainsi décuplés. Cela peut aller jusqu'à l'encadrement d'une équipe régionale pour un
championnat de France (Bretagne catamaran 2008). Ce qui prime ici c'est la compétence du parent sur l'action déléguée par le coach, l'envie de faire avancer l'équipe et le partage.
6-Diversifier les sources de financement de l'impulsion sportive, la gestion par projet s'avère cruciale auprès des collectivités et/ou sponsors. Le discours à sa mairie ou agglo: "les jeunes
sportifs locaux que vous financez aujourd'hui seront les moniteurs de votre station voile demain" est particulièrement efficace auprès des élus.
Plus délicat il s'agit d'obtenir une analyse budgétaire précise au sein de l'association afin de bien vérifier l'affectation des ressources et donc les priorités réèlles au delà des discours
convenus.
7-Si un derby local est le bienvenu et stimulant, attention à ce que cela ne pourrisse pas la vie des équipes.
Plus important, la collaboration inter-club est indispensable dès que l'on vise au-dessus du niveau régional.
Le travail collaboratif au niveau de la ligue de plusieurs entraîneur permet aux jeunes régatiers de vivre plusieurs approches et compétences complémentaires dans son initiation.
Un équipage qualifié ou invité sur un stage régional ou national est une opportunité de progrès. Je suis triste lorsque des gamins passent à côté de ce genre d'accélérateur.
La suite prochainement.